Le mot tartan vient du français tiretaine, du latin Tyrius : étoffe de la ville de Tyr au Liban. Le motif du tartan apparaît dans nombre de tableaux médiévaux, notamment L'Annonciation de Simone Martini (Musée des Offices Florence) où il constitue le motif – proche de celui du clan des Barclay – de la cape de l'ange Gabriel.
Les premiers tartans étaient sans doute de simples damiers (le mot gaélique équivalent à tartan, breacan, signifie damier) dont la teinture provenait de végétaux et de minéraux de la contrée.
Ils suggèrent, par leurs couleurs, l’enracinement dans la région, dans la nature, mais en sont aussi, par leur construction orthogonale, sa négation ; tout camouflage est imitation et par là même l’opposé de la nature.
Ces tissus qui avaient une fonction naturelle de camouflage, s’associèrent au fil des ans à une région et à son clan.
Après la bataille de Culloden en 1746, victoire de l’Angleterre sur l’Ecosse le port du tartan, de même que d’autres signes de la culture écossaise, fut interdit et le pays comme frappé d’amnésie.
C’est au début du XIXème siècle que l’on tenta de retrouver, et souvent de réinventer, ces tissus. Les tartans évoquent donc l’histoire des familles (l’arbre généalogique, la ramification : le mot clan vient du latin planta, germe), la tradition et son contraire, l’amnésie : la tradition perdue et imaginée de tartans recréés bien souvent au XIXè siècle au moment de l'apparition des nouvelles couleurs issues de la chimie moderne. Ces tartans sont donc bien souvent une illusion.
Mes tartans sont une illusion de multiples façons : ils ne sont pas faits de fil mais peints à l’acrylique sur des panneaux de bois. Ils peuvent aussi bien être vus comme des tableaux purement abstraits, telles des œuvres néo-plastiques que comme des œuvres absolument figuratives copiant des tissus réels.
Il faudrait également ajouter que les Ecossais se sont constitués à partir d'un double peuplement Picte et Scot, le nom Pict vient du latin Pictus, peint, qui évoquerait les tatouages que les Pictes dessinaient sur leur corps.
Je me souviens que le film de Peter Watkins, Culloden (1964) que je vis dans les années 70 à la télévision française me marqua beaucoup.
Ce n'est pourtant qu'au début des années 90 que je débutai la série Tartans alors que je travaillais sur les explorateurs en Afrique et que je découvris que Livingstone était écossais. J’ai depuis recueilli une documentation sur plus de 340 motifs de tissus écossais différents.
Les tartans se présentent sous deux séries :
- Série A : 150 X 150 cm, acrylique sur bois
- Série B : 38 X 38 cm, acrylique sur bois
Les deux séries sont peintes en principe dans l’ordre alphabétique. La série A commençant par la lettre A (Agnew) ; la série B commençant par Y (Young).
L’échelle des tartans change à chaque tableau, la règle suivie pour la série A est que la ligne la plus fine mesure sur le tableau 1 cm (5mm dans la série B)
Des tableaux présentant des tartans peuvent aussi apparaître dans d’autres séries comme éléments de polyptyques, dans les travaux sur les explorateurs, sur les batailles entre clans, les espions ou sont utilisés lorsque les noms de clans sont devenus des marques effaçant du même coup leur histoire et leur origine écossaise.
Plant-Tartans
Une première tentative de reproduire les tartans avec des plantes (Série des Plant-Tartans) a été faite en 2004 dans le cadre de l’exposition Le Vent des Forêts en Meuse.
Un autre Plant-Tartan (Davidson) a été réalisé dans les jardins du Musée Despiau-Wlérick à Mont-de Marsan pendant l’Automne 2007.
Les Plant-Tartans se présentent sous la forme de jardins reproduisant les lignes de couleurs (et leurs croisements) du tartan. Le choix du ou des clans se fait en fonction de l’existence de patronymes écossais dans le lieu où le Plant-tartan est réalisé. Le relief, artificiellement créé, est la reproduction d’un relief réel existant là où, en Ecosse, le clan est implanté. Le relief ainsi créé fait que le Plant-tartan apparaît différemment de tous les points de vue et que son motif n’apparaît pleinement que par une vue aérienne. Le Plant-tartan réalisé à Mont de Marsan aux pieds du donjon de la ville peut ainsi être vu du haut du donjon d’où il apparaît plat.
Cette série de Plant-tartans renoue avec quelques-unes unes de mes premières admirations artistiques. A la fin de l’année 1978 ou au début de 1979, alors que j’avais dix-sept ans, je découvris par hasard, marchant vers le Centre Pompidou, le travail de Gérard Schlosser qui exposait alors dans une galerie de la rue du Renard. Je me souviens de ses grands tableaux présentant des étendues herbeuses et d’une seconde salle, au fond de la galerie, présentant des tableaux plus intimistes. Cette exposition me marqua énormément et décida de mon choix de devenir peintre. Quelques années plus tard, je visitai l’exposition de la série Géometree de François Morellet. Je vois mes plant-tartans comme une sorte de petit hommage à ces deux artistes qui depuis trente ans me passionnent toujours autant.