Ivens & Vidor
 
 
 
 

 
King Vidor & Joris Ivens
2008 - 2009
 




acrylique sur panneaux

 Polyptyque en cours de réalisation.

 

13 panneaux

- A. Carte géographique du Zuiderzee  103 X 103 cm

- B. Texte tiré du film de J.Ivens  103 X 103 cm

- C. Texte tiré du film de K.Vidor  103 X 103 cm

- D. Carte géographique Arcadia (USA)  103 X 103 cm

- E. Copie de la Tapisserie de Bayeux :  25 X 300 cm

- F / K.Photos des films de K. Vidor & J. Ivens : 100 X 150 cm

- L. Texte de Sigmund Freud : 103 X 103 cm    

 

 

A l'occasion d'un cours sur les Pays-Bas, ce devait être en 1974 ou 1975, le professeur de géographie avait projeté un film en noir et blanc sur la construction des polders. Les images de la terre envahissant la mer m'avaient frappé. Je n'avais alors jamais entendu parler de Joris Ivens. Beaucoup plus tard, sans doute dans les années 80, je découvris le film de King Vidor Our daily bread à la télévision en même temps que d'autres films : La Foule, Hallelujah ou Le Rebelle. Je ne sais plus quand les deux films entrèrent en relation. Je me souviens que je trouvai par hasard, à Londres au début des années 90, le livre de Zalzman sur Joris Ivens. J'avais le projet de travailler sur lui, peut-être dans le cadre d'une série, jamais vraiment réalisée, qui devait lier architectes & cinéastes. Je peux retrouver dans la liste que je tiens de mes lectures, qu'en 1992 j'ai lu La grande parade, le livre de souvenirs de King Vidor. En 2003, je lus les Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse de Freud où je trouvai le passage sur le Zuiderzee. C'est à ce moment que le projet du polyptyque King Vidor & Joris Ivens s'est précisé. A la fin de 2007, je lus le livre d'Andrew Bridgeford sur la tapisserie de Bayeux qui me fascinait déjà enfant : j'en collectionnais les images à l'école primaire.

 

 

Textes figurant sur les panneaux B,C,L :

 

Texte du panneau B tiré du scénario du film de K.Vidor :

Oncle Antoine : Eh bien, environ à trois cents kilomètres au sud (insert sur un dessin ; les mains de l’oncle en amorce esquissent un dessin au crayon ; off :) il y a une ville du nom d’Arcadia. Vous suivez la route principale, tout droit, puis vous prenez à gauche. Vous continuez encore sur dix kilomètres environ… Il continue à dessiner, trace un cercle, puis un autre. Fondu enchainé. 

 

***

 

John : Ecoutez-moi, les gars ! Le vieux barrage électrique fonctionne de nouveau. Il y a de l’eau qui coule à moins de trois kilomètres d’ici. (Les hommes continuent à arriver en courant et à se masser autour de lui, dans toutes les tenues les plus invraissemblables ; ils sont cadrés plus serrés, maintenant. Au premier rang : Chris.) Tout ce que nous devons faire, c’est de dévier l’eau par ici, vers nos cultures. Nous avons cinq jours pour ça.

King Vidor, Our Daily Bread  (Notre Pain Quotidien) 1934 L’Avant-Scène Cinéma N° 187, mai 1977  

 

 

Texte du panneau C sur le film de J.Ivens :  

Le Zuyderzee intéressait désormais le monde entier. Gagner du terrain sur la mer était un nouveau triomphe de l’homme sur la nature. Ivens était fier que ses compatriotes en aient été les auteurs. Il ne voulut pas laisser passer l’occasion d’un film sur un tel sujet. En mai 1934, la première partie de l’entreprise ayant été achevée avec succès, il commença le montage de ce qui devait devenir par la suite Nouvelle Terre. Pour le tournage et le montage de ce film, Ivens avait adopté des méthodes fort originales : les prises de vues furent confiées et réalisées séparément par différents membres de son équipe. Chacun se vit assigner un rôle ; l’un d’eux fut la « caméra de la terre » et son point de vue était celui de la terre qui lutte contre la mer ; un autre fut « la camera de la mer » qui se défendait contre l’invasion de la terre. Une troisième camera s’identifiait aux hommes et à leurs machines. Ce système de tournage se révéla très valable au montage. Il fournit trois thèmes dramatiques, chacun impliquant une histoire particulière. L’excitation et la tension du conflit de ces forces antagonistes étaient soulignées par la musique d’Eisler. Elles tendaient du moins vers une seule et même conclusion : la fermeture définitive de la digue.

A. Zalzman : Joris Ivens, Col. Cinéma d’Aujourd’hui, Seghers, 1963

 

  

   

Texte de Sigmund Freud  du panneau L :  

Et maintenant, pour conclure ces développements assurément fatigants et qui ne sont peut-être pas éclairants, encore une recommandation. Vous ne songerez pas, dans cette séparation de la personnalité en moi, surmoi et ça, à des frontières nettes, telles qu’elles ont été artificiellement tracées en géographie politique. Nous ne pouvons pas rendre justice à la spécificité du psychique par des contours linéaires comme dans le dessin ou dans la peinture primitive, mais plutôt par des champs de couleur qui s’estompent comme chez les peintres modernes. Après avoir séparé, il nous faut à nouveau laisser se fondre ensemble ce que nous avons séparé. Ne jugez pas trop durement un premier essai pour rendre sensible le psychique, si difficilement saisissable. Il est très vraisemblable que la forme prise par ces séparations varie grandement selon les personnes, il est possible qu’elles se trouvent elles-mêmes modifiées dans leur fonctionnement et qu’elles soient temporairement remodelées. Ceci semble s’appliquer en particulier à la différenciation qui intervient phylogénétiquement en dernier et qui est la plus épineuse : celle du moi et du surmoi. Il est indubitable qu’une maladie psychique provoquera le même résultat. On peut aussi se représenter sans peine que certaines pratiques mystiques sont capables de renverser les relations normales entre les différentes circonscriptions psychiques, de sorte que, par exemple, la perception peut saisir, dans le moi profond et dans le ça, des rapports qui lui étaient autrement inaccessibles. Pourra-t-on par cette voie se rendre maître des dernières vérités dont on attend le salut ? On peut tranquillement en douter. Nous admettrons toutefois que les efforts thérapeutiques de la psychanalyse se sont choisi un point d’attaque similaire. Leur intention est en effet de fortifier le moi, de le rendre plus indépendant du surmoi, d’élargir son champ de perception et de consolider son organisation de sorte qu’il puisse s’approprier de nouveaux morceaux du ça. Là où était du ça, doit advenir du moi. Il s’agit d’un travail de civilisation, un peu comme l’assèchement du Zuyderzee.

Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, p.109-110 Traduction de Rose-Marie Zeitlin, Gallimard, 1984 Titre original : Neue Folge der Vorlesungen zur Einführung  die Psychoanalyse, 1933

King Vidor & Joris Ivens - septembre 2009
 
King Vidor & Joris Ivens - mai 2009
 
Joris Ivens & King Vidor - février 2009